été 2007 • no 21 •
(
artabsolument
)
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11
Pierrot
(autrefois dit
Gilles
), de Watteau. Philippe
Grandrieux se souvient que c’est le premier tableau
dont Thierry Kuntzel lui a parlé lors de leurs ren-
contres à la fin des années 1970.
Quand on s’engage dans la galerie longue d’environ
120mètres, l’une des artères innombrables des crayères
des champagnes Pommery à Reims, qui s’étendent sur
18kilomètresdont unaétéoffert auxartistes rassemblés
par Daniel Buren pour s’accorder à
L’emprise du lieu
,
dans cette galerie humide et sombre où les bouteilles
de champagne sont stockées sur les bas-côtés, on ne
devine pas d’abord le
Gilles
de Thierry Kuntzel. Une
autreœuvre le cache, rectangle blanc et vertical à peine
divisé en son centre par la fine lame d’une maquette.
C’est une fois passée cette composition qu’on aperçoit
au loin, très loin, à 80 mètres de là, une image vers
laquelle il ne reste plus qu’à marcher.
Cette avancée est nécessairement troublante. Elle
implique un temps de reconnaissance de l’image,
accordée à la vision et au rythme de chacun. Il semble
qu’à partir de dix mètres on a pleinement reconnu la
figure sans cesse devinée : un jeune homme d’aujour-
d’hui, debout, tout de blanc crème vêtu, chemise
lâche, pantalon
baggy
effondré sur ses tennis. Ses
mains sont posées à plat sur les cuisses, au-dessus
des poches latérales bourrées du pantalon. Sa têteest
ceinte d’un bandeau qui retient les cheveux, dont deux
mèches s’échappent, agitées selon le vent. Il se tient
immobile dans un paysage pauvre de rocs et de
feuillages, le regard «étrangement vide, ne regardant
>
Thierry Kuntzel.
Gilles (De l’obscur à l’obscure clarté).
Vidéo-projection, 2007.
37 œuvres d’artistes dont la vidéo-installation
Gilles (De l’obscur à l’obscure clarté)
de Thierry Kuntzel
Commissariat : Daniel Buren
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