Art Absolument 79 - septembre/octobre 2017 -Apercu - page 27

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MIGRATION DE LA PEINTURE
DANS LE DESSIN
MARINE JOATTON,
Sophie Fardella |
Marine Joatton, le dessin pos-
sède une place centrale dans votre créa-
tion. Comment cet intérêt particulier pour
ce médium est-il né?
Marine Joatton |
J’ai toujours dessiné. C’est une
pratique que j’ai développée de façon conti-
nue et sans interruption depuis l’enfance,
sans doute parce que mon père était pro-
fesseur de dessin. J’ai compris grâce à lui
que le dessin était quelque chose d’impor-
tant, qu’il fallait faire avec sérieux et pas-
sion. Enfant, il y avait toujours des crayons,
des feutres et du papier à portée de mains :
un enfant peut beaucoup s’investir dans les
jeux avec le dessin. Il y a toujours eu des
dessins sur mes classeurs. C’est comme ça
que, petit à petit, je me suis investie dans ce
médium sans jamais l’abandonner.
Comment avez-vous décidé de déplacer
votre pratique du dessin à celle de la
peinture?
C’est après l’exposition
À fleur de peau
et
une exposition personnelle à la galerie Éric
Dupont où je n’ai montré que des dessins
que j’ai commencé à vouloir déplacer ma
pratique sur des formats plus grands. Ce
déplacement du dessin à la peinture ne s’est
pas fait sans difficulté, car je n’avais pas du
tout de connaissances sur ce médium. Les
Beaux-Arts ne m’avaient pas formée à cette
technique puisque j’y étais dans l’atelier de
photographie. La technique de la peinture, je
Découverte en 2006 grâce à ses dessins lors de l’exposition collective
À fleur
de peau. Le dessin à l’épreuve
à la galerie Éric Dupont à Paris, Marine Joatton
développe un imaginaire fantastique dessiné sur des bouts de papier et s’éta-
lant de manière frénétique sur ses carnets de dessin. Ses œuvres récentes
montrent un réel besoin de faire évoluer son geste vers des dimensions plus
picturales où la couleur se révèle être le nouveau réservoir d’énergie. Au sein
de son atelier parisien envahi de ses dessins, Marine Joatton revient sur sa
réunion des territoires de la peinture et du dessin.
ENTRETIEN AVEC SOPHIE FARDELLA
l’ai apprise en autodidacte, contrairement au
dessin qui a toujours été le cœur de ma pra-
tique, dans lequel j’avançais en terrain balisé.
Avec la peinture, j’avais cette impression de
recommencer à zéro, sans connaissance et
sans rien maîtriser. De plus, la difficulté que
j’ai tout de suite rencontrée a été de vouloir
commencer avec l’huile. Au début, le résultat
était peu satisfaisant et, petit à petit, j’ai pris
de l’assurance, surtout aprèsdeux résidences
en Corée dans un atelier de peinture en 2012
et 2013 ayant donné lieu à une exposition à
la Galerie 604 de Pusan, qui soutient toujours
mon travail. Je peignais sur de très grands
châssis de 2msur 2,50moù j’ai commencé à
me sentir plus confiante. Depuis, la peinture
et ledessin rythmentmaproduction. Dansma
peinture, il y a toujours des éléments de des-
sins. Au départ, c’était le dessin, maintenant
c’est la peinture qui commence à englober le
dessin. Je pense que ce sont deux pratiques
qui se complètent et je les considère comme
deux outils qui me permettent d’avoir un
espace de création hybride.
Avez-vous une règle de travail qui rythme
ce processus de création?
Celle-ci est en constante évolution. J’élabore
toujours un protocole qui va être à l’origine
d’une série ; lorsque je commence à m’en-
nuyer et que la série n’évolue plus et devient
trop répétitive, j’arrête et j’en commence
une autre. Ce qui détermine la série, c’est le
format, la technique. En cemoment, j’utilise
beaucoup de format raisin sur papier avec
de la gouache. Lorsqu’une série sur petit
Homme poisson.
2016, gouache sur papier, 65 x 50 cm.
1...,17,18,19,20,21,22,23,24,25,26 28,29,30
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