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(
artabsolument
)
no 6 • automne 2003
Note d’atelier
Né en 1944 à Limoges, vit et travaille à Bagnolet.
Traces, symboles et signes caractérisent l’œuvre de François Bouillon à l’ordre d’une pensée primi-
tive qui s’est notamment nourrie de la culture inuit. Entre le Moi et l’Objet – le “Me-Le” –, l’artiste
tisse la trame d’une mythologie qui lui est personnelle.
François Bouillon
1 – Ma rencontre avec la culture inuit s’est
faite par touches successives sans que j’y
prenne garde. À l’adolescence, les objets
usuels du Grand Nord montrés au musée de
l’Homme – le kayak, les vêtements, les outils,
le tablier de chaman – ont marqué mon esprit.
Puis la lecture de Saint-John Perse,
Vents
et
Amers
, évoquant des lieux précis (la Terre de
Baffin) ou des paysages plus approximatifs,
courants de mémoire et d’énergie rythmés
par les éléments, a fixé un espace vague et
lointain mais de poésie profonde. Cet imagi-
naire animé par Borée, dieu grec du vent du
nord, attire comme un au-delà, un avant, un
Kaos
, un vide à combler, un “monde blanc”.
Enfin, la lecture du livre de Jean Mallaurie,
Les Derniers Rois de Thulé
, m’a fourni l’an-
crage réel, humain, austère et fort, qui com-
plétait mon approche du peuple inuit.
Cette rencontre, mentale, poétique et livresque
s’est concrétisée en 1981 par la fiction
“inouïs-inuits”, balisés par des objets
manufacturés, des dessins ou des gestes.
Cette pratique plastique qualifiée alors de
“fausse ethnologie” me permettait par jeu et
analogie d’approcher la part de l’homme,
commune à tous, première et universelle.
En toute logique, cette première rencontre
fut comparée à d’autres, celle des Dogons et
de leur religion ou encore des aborigènes
australiens. Plus que la multiplicité des
exotismes, c’est le point commun qu’ils
peuvent révéler qui m’attire.
2 – Mon rapport à la culture inuit est stimu-
lant comme peut l’être une énigme que l’on
tente de vivre en imagination, c’est-à-dire
en créant des images. La réalité historique
ou l’étude scientifique complète éventuelle-
ment cette première approche qui reste
surtout artistique, intuitive et porteuse de
signes généraux polysémiques et emblé-
matiques de l’humain.
Dans l’espace, je n’éprouve pas forcément le
besoin d’aller sur le terrain. Dans le temps,
c’est une part de moi-même qui est l’objet de
ma quête, une part qui appartiendrait à tous
les humains de tous temps. Chez les Inuits, la
spiritualité portée par les objets les plus
usuels nous donne avec force et simplicité
des indices sur l’homme et la manière dont il
se perçoit lié à sa cosmogonie.
François Bouillon.
Portrait de l’ancêtre,
série « Inouï Inuit ».
1981, crayon gras
sur papier ingres
d’arches, 68 x 50 cm,
Centre Pompidou,
MNAM, Paris.
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