| édito |
L’art contemporain pour qui ?
À en croire les chiffres de la Réunion des musées
nationaux, jamais le public intéressé par l’art n’a été
aussi important qu’aujourd’hui : 600 000 personnes
ont vu l’exposition
Matisse et Picasso
au Grand
Palais, 550 000 celle de
Modigliani
au musée du
Luxembourg, 200 000, les travaux de
Daniel Buren
au Centre Georges-Pompidou, et de nombreuses
expositions ont eu lieu ces derniers mois dans les
principales villes de province et ont attiré les foules.
Tout donne à penser que l’on va battre des records de
fréquentation pour les expositions de
Léonard de
Vinci
, qui se déroule actuellement au musée du
Louvre, et celle de
Gauguin Tahiti
, qui aura lieu
début octobre au Grand Palais.
Loin de nous attrister – comme ce peut être le cas
pour les sempiternels snobs qui, faute de talent per-
sonnel, cherchent à tout prix à se différencier par le
mépris et la dérision de ce qui est plus essentiel
qu’eux-mêmes – ce phénomène de société nous
procure de la joie. Et de l’espoir. Car, comme les
concepteurs de ces expositions, comme tous ceux
qui aiment véritablement l’art, comme tous ceux qui
ne se satisfont pas de la sous-culture ambiante
(c’est-à-dire de l’idéologie de la consommation pour
la consommation), nous pensons que l’art n’a pas à
être cantonné sur une île déserte ou capté par tel
clan “élitiste” mais, bien au contraire, doit être vu
par le plus grand nombre. Que les œuvres ont en
définitive vocation à être
publiques
. Ou plus précisé-
ment, qu’elles n’ont pas seulement vocation à être
vues par ceux qui le désirent mais par ceux qui, pour
des raisons sociologiques, faute de ne pas y avoir eu
accès, ignorent que cela correspond à l’une des pos-
sibilités de leur désir (nous ne voulons pas ériger
l’art en dogme ou en culte, nous pensons simple-
ment que, à l’instar de la grâce sur laquelle ont écrit
Éditorial
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