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artabsolument
)
no 2 • automne 2002 page
15
Isabelle Monod-Fontaine : Donc
il y avait une sorte d’évidence
pour nous (mais pas seulement
pour nous : pour tous ceux qui
ont contribué à forger cette
exposition, et encore pour tout
le milieu matissien et picassien)
à poser l’un à côté de l’autre,
à poser leurs œuvres les unes à
côté des autres, et à regarder
comment cela se tissait entre
les tableaux.
Art Absolument : Avez-vous
voulu à la fois montrer leur proxi-
mité et leur différence ? Est-ce
que leurs convergences et leurs
divergences sont, pour vous, une
manière de montrer comment
deux grands artistes peuvent
exprimer leur singularité à partir
de problématiques communes ?
Anne Baldassari : Oui. C’est
exactement ainsi que cela s’est
passé. Isabelle a parlé de “friction” et ce mot
est à prendre autant au sens physique, de
contact entre le milieu de chacun des deux
artistes, qu’en terme de confrontation de leur
pratique. Ce que nous avons voulu faire à tra-
vers l’exposition, ce n’est en aucun cas dire
que Matisse était Picasso ni que Picasso était
Matisse, ni de les réduire à un quelconque
dénominateur commun. Il ne s’agit pas non
plus de penser à leur égard d’“influence” et
encore moins d’“imitation”. Tout au contraire,
l’exposition essaie de faire voir, même pour
certains cas où ils travaillent sur un thème
similaire ou selon une procédure de travail
semblable, toute la tension qui s’exerce entre
leurs manières respectives de faire. Et de
montrer combien cette tension est produc-
tive. Nous sommes dans l’univers de deux
très grands créateurs qui s’observent, se
respectent, s’encouragent l’un l’autre.
[Isabelle parlait de les “poser l’un à côté de
l’autre”]. C’est exactement ce que disait
Picasso : “Il faudrait pouvoir mettre côte à
côte tout ce que Matisse et moi avons fait…”,
phrase qui place bien son propre travail dans
une sorte de compagnonnage de longue
durée avec Matisse. Matisse étend encore le
caractère exceptionnel de leur relation en
miroir lorsqu’il dit de son côté : ”Je ne sais pas
ce qu’il faut en penser, mais le seul à avoir le
droit de me critiquer c’est Picasso”.
Art Absolument : Comment définiriez-vous
les sentiments qu’éprouvait Matisse pour
Picasso, et inversement ceux de Picasso pour
Matisse, en sachant que l’un était relative-
ment plus âgé que l’autre, que leur mode de
vie était sensiblement différent ?
Isabelle Monod-Fontaine : On peut partir de
leur différence d’âge — elle n’est pas énorme
en fait, une dizaine d’années seulement —,
mais on sait que Matisse a été plutôt lent dans
son développement, son apprentissage. Il n’a
été lui-même, il n’a produit ses premières
œuvres importantes qu’à trente ans passés.
Et la différence s’accentue du fait que Picasso,
lui, fut un enfant et un adolescent extrême-
ment précoce, et a produit très tôt des œuvres
en quantité (dessins, tableaux).
De plus, j’imagine comment Matisse a vu sur-
gir dans son paysage ce jeune surdoué, qui a
très vite investi les mêmes lieux, s’est montré
dans les mêmes endroits, les mêmes
Henri Matisse
La Serpentine,
1909
Bronze, 56,5x28x19 cm.
The Museum
of Modern Art, New York
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